OCRWC : Douleur, mais plaisir malgré tout.


Je n’ai pas l’habitude de faire un récit de mes courses. Je cours avant tout pour le plaisir, parce que j’aime ce sport. Il me permet de bouger, de faire attention à ma santé et j’y éprouve beaucoup de plaisir à le pratiquer. Cependant, cette course fut bien différente des autres courses.

On ne parle pas ici d’une simple course, mais bien des championnats mondiaux de courses à obstacles. Je participe à cet évènement en me sentant un peu comme un imposteur, car je ne suis pas de calibre élite. Je m’améliore dans mes courses, je prends un peu de vitesse, mais je suis loin derrière les meneuses. J’ai encore de la difficulté à franchir plusieurs obstacles, je suis donc intimidée par l’ampleur de l’événement.

Je me suis inscrite dans ma catégorie d’âge avec comme but d’avoir du plaisir, faire un bon temps et en profiter pour pratiquer les obstacles. Je sais que mes chances de terminer ma course avec mon bracelet sont très minces (course à obstacles obligatoires), mais je souhaite le garder le plus longtemps possible.

Je prends mon départ plus ou moins réchauffé, puisque j’étais impressionnée à regarder les meilleurs compétiteurs aux obstacles et je n’ai pas vu le temps passé. Peu importe, je prends un rythme tranquille pour débuter, mais je dépasse quand même quelques filles dans la première montée.

J’arrive au 4e obstacle, le « wreck bag » de 50lbs. Sur le plat, je me débrouille bien, mais celui-ci commence par une montée. Je réussis tout de même l’ascension, mais une fois en haut, je dois prendre une pause et déposer mon sac. Dans la descente nous devons passer sous de petits ponts avec notre sac. C’est difficile. Je dois prendre 2 autres pauses. Je me fais rattraper par plusieurs filles. Tout de suite après le « wreck bag », c’est le « Pipe Dreams » de la course Savage Race. Ça consiste en une barre horizontale suspendue par des chaines que l’on doit traverser avec les mains seulement. J’ai les mains gelées. Je prends le temps de les réchauffer et je réussis l’obstacle!

S’en suit une portion de course avec une traversée de la rivière, donc on doit se mouiller et il fait froid. Par contre, ma température est bonne. Je prends la précaution de remonter mon chandail dans la rivière pour éviter qu’il ne touche à l’eau, je n’ai donc que les jambes mouillées.

J’enchaine le « castle » (échelle très haute), le « destroyer » (mur d’escalade qu’on doit aussi franchir par-dessus) et j’arrive au « Dragon’s back », un obstacle de la course « Toughest » que j’appréhendais. J’ai la phobie de sauter dans le vide et cet obstacle consiste en un enchainement de murs inclinés muni d’une barre de métal où l’on doit sauter d’un à l’autre. J’avais fait de la visualisation au préalable pour cet obstacle. J’y passe 56 minutes à essayer de me convaincre de sauter. Chaque fois que je me sens prête et que je me place mon corps gèle. Impossible. Après 40 minutes l’arbitre me dit de descendre. Mon corps s’est refroidi, je grelotte. Finalement, j’ai le droit de monter à nouveau, mais il m’est impossible de passer l’obstacle. Je décide de descendre et de faire couper mon bracelet. Ça fait terriblement mal. Je ne voulais pas perdre celui-ci si tôt.

J’ai froid. J’ai envie d’abandonner la course, mais je me parle et je poursuis. Je continue ma course en réussissant plusieurs obstacles et en en échouant quelques autres, accumulant des 4 minutes de pénalité sur mon temps à chaque obstacle non réussi.

Je poursuis mon chemin. J’ai froid, mon corps n’arrive pas à remonter sa température. Je dois retourner dans l’eau pour faire un « over under ». À la sortie de l’eau, il y a un feu. Je m’y arrête quelques minutes pour me réchauffer, mais rien n’y fait. Je décide de continuer ma route. Je dois me parler énormément pour continuer.

J’arrive à la corde à grimper qui débute encore dans l’eau. Je ne sens pas mes mains, mais elle n’est pas très haute donc je m’élance en souhaitant la réussir. J’ai peur de tomber et être complètement immergée dans l’eau. Je touche la cloche, quel soulagement!

Je poursuis ma route en clopinant, un genou commence à me faire mal. J’arrive à une petite montée boueuse et très glissante que l’on doit monter à l’aide d’une corde. Je suis à la base de celle-ci et les personnes devant moi dérapent. Je n’ai plus confiance en mes moyens. Je ne sens plus mes mains, je manque d’énergie et je suis vraiment exténué. Brakken Kreker, un athlète des États-Unis, arrive derrière moi et voit mon désespoir. Il me dit de mettre mes bras autour de son cou et il me monte jusqu’en haut. Il reste avec moi un moment. Mon corps me dit d’abandonner et ma tête me dit de poursuivre. Gros tiraillement dans ma tête. Le fait de parcourir une partie avec quelqu’un m’aide. Il me donne ses gants pour me permettre de me réchauffer les mains. Il me dit de poursuivre ma course et m’encourage à ne pas lâcher.

J’ai mal aux 2 genoux et j’ai froid, mais je me parle. J’essaie d’aller chercher de l’énergie dans mon environnement et j’avance un pas à la fois. J’arrive à la glissade, un autre obstacle que j’appréhendais, mais que je décide de ne pas la faire puisque j’ai vraiment trop froid. Une autre déception. Je descends au côté de celle-ci en boitant, mes genoux ne veulent plus continuer.

J’aperçois mes amis au bas. Je suis exténuée. J’ai un mélange d’émotions passant de la déception, au soulagement et à la fierté. J’éclate en sanglots. Grâce à l’énergie de mes amis, j’arrive à enchainer les derniers obstacles en échouant certains d’entre eux, mais en réussissant quelques autres. Je franchis la ligne d’arrivée le cœur gros, complètement gelée et en douleur, mais combien fière de ne pas avoir abandonné!

J’ai réussi la course la plus difficile que j’ai faite jusqu’à maintenant et j’ai hâte de recommencer. Malgré la douleur, le froid et la déception, j’ai réussi à avoir du plaisir. Mission accomplie!
À bientôt OCRWC, je compte bien prendre ma revanche.

Un texte de : Marie-Claude Labonté
Correction et révision : Éric Julien

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